Louis Bachoud - Dates de conférence et événement

  • Parution de "L'OISEAU  DES PROFONDEURS" le 09/06/2017. A commander  sur Amazon.fr ou FNAC.com;
  • Salon du livre à Soissons le 08/10/2017. Dédicaces et signatures de {tooltip}Histoire de Pierre{end-texte}Disponible aussi à la Librairie du Centre - 22 Place Fernand Marquigny, 02200 Soissons{end-tooltip} et  de {tooltip}L'Oiseau des Profondeurs{end-texte}Disponible aussi à la Librairie du Centre - 22 Place Fernand Marquigny, 02200 Soissons{end-tooltip}
  • Déjeuner-débat le jeudi 19/10/2017 chez FRANÇOISE  sur les thèmes de {tooltip}"L'OISEAU des PROFONDEURS" : Le patrimoine et la culture pied-noir{end-texte}Lire l'article{end-tooltip}.
  • Conférence-signature le 14/11/2017 dans le cadre de la Défense de la Langue Française (DLF), sur l'ouvrage "HISTOIRE DE PIERRES".
  • Conférence-signature le 14/12/2017 chez Hélène Nougaro pour la sortie de "L’ ALGIE".
  • Conférence-signature le 02/03/2018, entre 15 h00 et 18 h 00 de L' ALGIE et de L'OISEAU DES PROFONDEURS chez France Loisirs, 296 rue de Vaugirard, 75015 Paris.
  • Jeudi 15/03/2018 Débat avec Patrick Stéfanini
  • Louis Bachoud reçoit pour l’ensemble de son œuvre en architecture, urbanisme, restauration de patrimoine bâti la distinction « Médaille d’Or » de la Société pour l’Encouragement au Progrès le 12/04/2018.
  • Signature et dédicaces de "L’ ALGIE" le 19/05/2018 à la librairie du Centre à Soissons de 15 à 18h00. Les précédents ouvrages seront à disposition.
  • Présentation le 20 juin 2018 du Monument Historique classé « Château fort de Droizy » nominé pour le GESTE d’OR 2018.
  • Louis Bachoud reçoit la Médaille d'or de stratigraphie 2018 du GESTE d’OR au salon du patrimoine culturel pour la restauration du Château Fort de Droizy et son ouvrage "HISTOIRE DE PIERRES"
  • La nouvelle parution de Louis Bachoud « Evangile selon Saint Finance » sera fêtée le 25/04/2019 au Forum 104, 104 rue de Vaugirard, 75006 Paris. La préface est de Jean Baptiste de Foucauld et l’introduction de la soirée sera de Pascal Payen Appenzeller. Cet ouvrage annonce et dénonce les problèmes sociaux que nous vivons.
  • Signature et dédicaces au salon du livre de Soissons le 13 et 15 octobre 2019.
  • Signature et dédicaces au Palais des Congrès  pour le Forum Algérianiste du Livre à Perpignan le 26 et 27 octobre 2019.
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C’est ainsi qu’il se jeta sur le travail pour se saouler de fatigue et d’oubli. C’est le syndrome du réfugié.
Sa femme, elle, avait retrouvé facilement ses lycées, ses marques et sa famille. Elle était juive, non pratiquante, mais transportait toujours avec elle des oncles, des tantes, des cousins, des amis de la famille, des apparentés, et leur suite. Frustré de famille depuis son plus jeune âge, ce bain d’apparente affection, le remplissait de bien-être. Il s’était fait admettre, lui, le goy. Il voulait être avec, comme, pour, eux. Il n’était plus seul. Il y aurait toujours une porte qui s’ouvrirait à son appel. Il appartenait enfin à une tribu. C’était un acte de foi.

Les apparences d’une vie à bâtir se faisaient graduellement jour. Les teintes, les odeurs, les sons n’étaient cependant plus les mêmes. Mais il faut bien manger. Il allait de paris en paris. Sa vie ressemblait plus à une suite de défis qu’à une construction fondée.
Il ne lui est pas facile de comprendre, encore, pourquoi son bon sens qui conteste, est toujours plus faible que l’émotion qui veut.
Il y a longtemps, quand il avait enfin trouvé, après son retour de la guerre d’Algérie, une « place » dans la société française, il avait écrit pour tenter de comprendre cette absurdité génétique ou ce handicap, qui le conduisait toujours à plonger dans des histoires, dont la fin était reconnue comme négative par une majorité d’humains normaux. Il avait pris l’habitude d’écrire les événements pour se comprendre. Il notait souvent lentement pour trouver le mot juste. En thérapeute plus qu’en auteur. Les mots alignés, pensait-il,  sont comme les signes mathématiques. Ils devraient le conduire, comme dans un problème bien posé, de paramètre en paramètre, du grand A au z minuscule. Sa femme d’alors, prenait l’air magistral du professeur d’université  - qu’elle était - pour juger :
- Quelle incapacité à te comprendre ! Ce ne sont pas  tes pensées, tes actes sans importance de tous les jours, découpés en petites phrases écrites, rangées, suivant ta chronologie bizarre, qui te feront avancer.
-         Silence…
-         Tu dois avancer. Regarde ma famille. Tu es monomaniaque. Il faut travailler intelligemment pour gagner de l’argent. Regarde dans quoi on habite.
-         Toi, tu comprends les choses… ou tu fais semblant; tu vois tes limites ; ta peau n’est pas trop étroite pour ta respiration. Moi si.
-         Ça t’amuse cette titillation de ton passé et le rêve de ton avenir. Et demain ! Il faut vivre. Agis. Vois mes oncles!
-         Silence…
-         Tu m’écoutes ?
-         Silence…
-         Vois mon oncle Gilbert. Il est déjà riche, en moins de dix ans, depuis son retour d’Algérie, et toi…tu pleures encore ton port d’Alger et ton rowing ;
-         Silence…
-         Es-tu seulement connu dans ton métier ? Moi, si. Je suis à l’université de Nanterre. Je suis professeur ;
-         Merci… Tu ne saisiras, donc, jamais, jamais rien, Andrée. Je n’ai pas les mêmes ambitions que toi. Je cherche…mes lendemains.
Pourtant ils avaient un passé riche ensemble. Ils avaient grandi dans les rues d’Alger, les avaient parcourues, l’un avec l’autre, pour le plaisir de respirer et de voir cette ville vivre joyeuse dans le bleu et le blanc pendant leur période lycéenne. Les études supérieures les avaient séparés, mais sans oubli. Ils n’avaient, en Algérie, jamais, étaient amants. Elle était l’amie de son meilleur copain, son plus grand approvisionneur de livres volés dans la bibliothèque du grand-père, professeur de lettre à la retraite. Deshaires. Jean-Mi. Le nom ressurgit. Il le voit encore. Il faisait tache avec sa blondeur parmi ces têtes brunes. Jean-Mi parlait le vrai français dans sa famille. Son grand-père, vivant, était professeur de lettres françaises. C’était pour Louis, le centre culturel d’Alger. Il y avait appris l’imparfait du subjonctif que sa maman Zoe Odesseya, de Smyrne, analphabète en français, prenait souvent pour une transformation du verbe en grossièreté.
Une rencontre surprenante d’Andrée dans le métro, à Paris. Tous deux sur un quai, pleins de joie de se retrouver en terre étrangère, les mit dans le même wagon et ensuite dans le même lit. La guerre d’Algérie les mariât. Le premier enfant naquit, le mâle, dans la fureur et la tuerie. Antoine. La ville arabe était descendue vers les quartiers européens. A la naissance, Louis, le père, avait rampé dans le caniveau pour atteindre la porte de la clinique désertée, sans eau, avec docteurs et infirmières au travail comme à la guerre. Il avait fallu risquer la vie pour entendre les premiers cris d’Antoine. Vingt jours après, l’enfant et la mère devaient être rapatriés en France - d’Europe - et leur vie commençait dans la famille d’Andrée, déjà réinstallée à Paris,  mais avec, dans un premier temps, un séjour en clinique.

Dans la tribu familiale juive d’Afrique du Nord, il y avait le riche et tous les autres formaient sa cour. L’oncle, Gilbert, était un homme étonnant - du vif argent- avec cet accent chaleureux pied-noir. La mode italienne - le bien habillé - avait envahi la France, l’Europe. Il avait créé une chaine de magasins de prêt à porter masculin, en copiant les boutiques italiennes, plus précisément, dans les débuts, les « Palacio » vénitiens. Les pendeloques de cristal dégoulinaient des plafonds et les tables de marbre, à pieds dorées, exaltaient l’atmosphère. Une chemise à trente francs valait soudainement, posée sur le plateau de marbre « verdé issorié [1]», cent francs.
Lui, Louis était ingénieur, salarié, étonné de se trouver dans un pays où la seule préoccupation était l’argent, la réussite économique. La « société de performance » était en gésine. Là-bas, chez lui, dès qu’il quittait la ville, dès la plaine de la Mitidja, aux contreforts de l’Ouarsenis, à l’entrée du Sahel, dans le Moyen Atlas,  les gens ne parlaient plus que d’odeurs, de couleurs, du plaisir de boire et de manger et de la pluie qui tardait. Le soir, avec le ciel et la terre devenus orange, ils écoutaient ensemble les sons du vivant. L’eau était plus importante que l’or.
Quand on parlait c’était toujours charnel.
-         Dis, Mohamed, tu as senti ces jasmins. Toute la rue est comme une femme ;
-         Tu vois la vieille là-bas ; elle va au douar ramasser les figues de barbarie. Suis. Elle connait les bons coins ;
-         Demain, on va à la casbah. Je te ferais entrer dans les bordels. Les nouvelles filles sont comme des figues mures.  [2]هذه المرأة هي جيدة
-         Allah est grand. Mange l’orange ;
-         Goûte le makrout. Tu sens le miel dans la bouche… 
Les grands problèmes étaient dans la tête. Aussi, il était préférable de laisser parler le corps. Les villages avaient tous une fontaine avec une pompe à manivelle circulaire, grand roue en fonte, et l’on faisait la queue pour boire une gorgée d’eau sacralisée par la lumière, après avoir rempli son seau. On se parlait dans la file d’attente. On se disait des riens, en s’approchant le plus possible du robinet pour recevoir sur les jambes les gouttes de l’eau qui tombaient vers la grille.

Pas de bilan économique. Positif ou négatif. Il n’était pas interdit de prendre une orange sur l’arbre, une tomate dans le pré. Pas un agriculteur ne l’aurait refusé. Louis aurait aimé, dans ce pays, être fonctionnaire, petit inspecteur des poids et des mesures, donc presqu’inutile, laissé pour compte mais « gouteur de temps ».
 
Avec des heures bien à lui. La terre aurait alors existé sans le temps. Il est dit que « Le temps est un concept développé par l'hommepour appréhender le changement dans le monde[3] ».
Lui, il ne voulait pas que le monde se modifie.
Il est simplement agréable de marcher sous les pins parasols, de courir sur le sable tassé par la vague et  dans l’eau qui éclate en perles de lumière à chaque brassée, de vouloir faire le dauphin en ondulant sur les vagues, de s’asphyxier en rire de joie parce que la pluie chasse l’habit de chaleur, puis de fermer les yeux, de se mettre enfin sur le dos et de dormir le ventre au soleil.
Les temps n’étaient pas encore aux SMS et au Tweets mais il savait déjà qu’il existait dans  un monde finissant où la hâte était refusée, les horaires inconnus, et la course contre le temps, qui rend notre  siècle forcené, exclue.
 
Il a recopié dans ses notes un paragraphe d’un livre, dont il a oublié le titre, mais pas l’auteur : Henri Bergson.: « Qu’est-ce que pour moi, le moment présent ? Le propre du temps est de s’écouler ; le temps déjà écoulé est le passé et nous appelons présent l’instant où il s’écoule ».
Le temps est la priorité. Fabriquer du temps. Non pas. Mais empêcher le temps de se détruire. Arrêter l’aiguille à la naissance d’un sourire qui va changer la durée d’une vie.
Andrée me disait :
-         Tu es le type même du fonctionnaire. Elle avait l’inébranlable assurance des gens nés supérieurs. Le professeur de l’Université Publique pouvait, elle, me traiter  de fonctionnaire, mais de l’espèce invisible des petits, des obscurs, de ceux qui sont en manche de lustrine).
-         Le travail protégé, la courte journée et ensuite la maison, C’est cependant pour toi, dois-je reprendre ;
-           Regarde autour de toi. Même mon oncle Prosper est riche ;
-         Il fait des avortements, je le clame. Ton oncle Prosper. Bravo ! Bel exemple ! C’est un avorteur… et mauvais de plus.
-         Toi un artiste, par tes rêveries, tu es incapable de t’intégrer. Il faut se vendre, se faire connaître. Les enfants doivent aller à l’université. Ça coûte !
-         Heureusement, nous femmes,  nous gagnerons le droit de nous faire avorter. Notre corps nous appartient.
-         Pour l’instant, l’exemple est mal choisi. Il se fait payer très cher par des femmes désespérées. C’est illégal et  moralement honteux. Je te parle du temps et tu parles d’argent. Qu’es-tu donc devenue ?
Mais il avait fallu prendre le chemin de l’expatriation de l’âme, et chacun des pas avait été décompté sur l’horloge.

J’ai seize ans. J’avance sévèrement, en élève classé, avec le front carré des pensées ordonnées. Les forts en thème promènent leur cartable ventru sur le chemin du front de mer.
Et la mer m’appelait.
Et mon père déjà malade, grabataire, me disait :
-         Te voilà maintenant responsable ;
Et, ma  mère ajoutait :
-         Te voilà maintenant un homme ;
Et ma sœur pleurait. Elle ne voulait pas quitter son école religieuse qui était payante.
Grabataire, mon père restait pour moi une idole. L’homme de l’aventure, de la découverte, de la force, de la richesse, de la générosité, et ensuite de la dignité dans les maux et  dans la pauvreté. La famille était entrée en pauvreté comme on entre dans un tunnel. On n’en voit pas le bout. On reste sans soleil. Père m’a demandé de devenir ingénieur pour sauver sa dernière entreprise. Le planning n’était pas le bon. Il est mort avant que je ne puisse prendre la place vacante. Mais je suis devenu ingénieur.
C’est ainsi qu’on prend un départ. Quelle route ? Et pourquoi ? Il fallait aller vite.  L’entreprise de mon père avait besoin d’un patron. Je  le devins, en même temps, que le chef de famille.

J’ai alors confondu, ou plutôt, accepté de confondre, mon royaume espéré avec les factices que les autres souhaitaient pour moi. J’étais préjugé, pour tout le monde, comme un garçon responsable…et je le suis malheureusement resté contre mon gré.
Je suis arrivé au Bourget, par un Neptune[4] de la Marine qui partait en révision. Une sorte de boite de conserves qui volait en rasant la crête des vagues. Je venais de perdre une vie. La plus fortement ancrée dans ma chair. Pour une destinée sociétale obligée. Il était temps. Mon fils avait une conjonctivite et sa mère une rétention placentaire. Oran était en révolution et les cliniques étaient devenues des hôpitaux de campagne. L’eau elle-même était rationnée. Nous  avons alors vécu, à Paris,  de longues années, difficilement, chez les uns, chez les autres, puis chez nous, dans un immeuble dont il manquait la volée d’escalier du troisième au quatrième étage. Le logement était au quatrième…

J’avais deux emplois. Un de 7 h 30 à 18 h 00 aux Câbles de Lyon de Bezons et un autre, à Courbevoie, dans une boite de fabrication de coffre de télévisions jusqu’à 22 h 00. Oui, on ne rêvait même pas de la « semaine de 42 heures ». Soixante heures étaient l’habitude. Et avec le sourire. Le but était de gagner de quoi vivre, et ensuite, de toucher de quoi paraitre supérieur dans l’échelle sociale, et, finalement, de se sentir un « winner ».
C’était la responsabilité sociétale de chacun de nous.

Ma voiture, une dauphine, m’était plus précieuse que ma santé. Je conduisais, les jours de pluies, la tête hors de la carrosserie car les essuies glaces ne marchaient plus. A l’arrêt, en hiver, je mettais une couverture sur le moteur pour qu’il ne gèle pas. Oubliée, un matin, la voiture pris alors feu sur la route. Ces problèmes donnent un caractère épique aux événements alors qu’ils n’étaient perçus que comme détails. J’allais à Bezons. Quelles sonorités étranges dans ce nom, en comparaison des appellations de mes lieux autrefois favoris : la Madrague, Padovani, Hydra ou Blida.
Quand je fermais les yeux, la nuit, avant de me coucher, j’appelais l’odeur de la mer et sa douceur sur mon corps pour m’endormir.
Louis Bachoud

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[1]  Le Verdé issorie est un marbre vert avec des filets dorés

[2] Les femmes sont bonnes.

[3] Whikipedia

[4]  Avion chasseur de sous-marin

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